canon cheval
  • Dernière modification de la publication :9 juin 2026
  • Post category:Soins & Entretien
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Lorsque vous observez votre cheval au pré ou lors du pansage, portez-vous attention à cette zone du membre comprise entre le genou (ou le jarret, à l’arrière) et le boulet? Le canon du cheval est pourtant l’un des segments les plus sollicités de la locomotion. Sous-estimé, il est aussi l’un des plus exposés aux blessures.

Dans cet article, nous vous expliquons tout ce qu’il faut savoir sur cette structure essentielle: anatomie, morphologie, pathologies et soins au quotidien.

Anatomie du canon: localisation et composition

Où se situe le canon d’un cheval?

Le canon d’un cheval est le segment osseux qui s’étend entre deux articulations:

  • en haut, le genou (carpe) sur le membre antérieur, ou le jarret (tarse) sur le membre postérieur,
  • en bas, le boulet (articulation métacarpo-phalangienne).

Il fait donc partie de ce que l’on appelle le « bas de membre » — une zone de haute précision mécanique, sans masse musculaire pour amortir les chocs.

L’os du canon: le métacarpe III (ou métatarse III)

L’os principal du canon est le troisième métacarpe à l’avant et le troisième métatarse à l’arrière. C’est le plus volumineux des os du canon.

De part et d’autre de ce grand canon se trouvent deux petits os vestigiaux: les petits canons (métacarpes II et IV), souvent à l’origine des « suros » que nous évoquerons plus loin.

Les structures tendineuses et ligamentaires

L’os seul ne suffit pas à comprendre le canon. Deux tendons fléchisseurs longent sa face postérieure:

  • le tendon fléchisseur superficiel des doigts (TFSD),
  • le tendon fléchisseur profond des doigts (TFPD).

Entre ces tendons et l’os court le ligament suspenseur du boulet (LSB), structure clé dans l’absorption des chocs. C’est dans cette gouttière palmaire/plantaire que se concentre une grande partie des contraintes lors de l’appui et de la propulsion.

Le canon en morphologie: critères d’un bon canon

La longueur: un équilibre à respecter

En morphologie équestre, la longueur du canon du cheval est un critère d’évaluation important. On parle d’ossature ou d’indice de canon. Un canon court est généralement considéré comme une qualité: il réduit le bras de levier, limite les contraintes tendinoliguamentaires et améliore la résistance à l’effort.

À l’inverse, un canon long allonge le pas et peut être apprécié pour certains modèles de dressage ou en course de galop, mais il fragilise le membre sur le long terme en augmentant les forces de tension sur les tendons.

Mesurer le canon: l’indice d’ossature

Pour évaluer la solidité d’un membre, les praticiens mesurent le périmètre du canon (en centimètres) à mi-hauteur. Cette valeur est ensuite rapportée au poids estimé du cheval. On parle de cheval bien ossu lorsque ce rapport est élevé. Pour un cheval de sport de 500 kg, un périmètre de canon inférieur à 19–20 cm sera considéré comme une faiblesse structurelle.

L’importance des aplombs

Un canon bien conformé doit être droit vu de face et de profil. Toute déviation (genou creux, genou arqué, panard, cagneux…) modifie la répartition des forces et augmente le risque de pathologies. Ces défauts d’aplombs sont à évaluer en statique, mais aussi en mouvement, idéalement avec l’aide d’un vétérinaire ou d’un maréchal-ferrant qualifié.

Pathologies courantes du canon

Le bas de membre du cheval est une zone à haute vulnérabilité. Voici les affections les plus fréquentes que vous pouvez rencontrer au niveau du canon d’un cheval.

Les suros

Le suro est une exostose osseuse, c’est-à-dire une excroissance de tissu osseux qui se développe le plus souvent sur les petits canons, à leur jonction avec le grand canon. On distingue:

  • le suro osseux: un renflement dur, non douloureux à maturité, souvent sans conséquence fonctionnelle,
  • le suro tendineux (ou péri-tendineux): plus délicat, car localisé à proximité immédiate du tendon fléchisseur. Celui-ci peut provoquer une gêne mécanique.

Ils surviennent fréquemment chez les jeunes chevaux en travail ou à la suite d’un choc direct. En phase aiguë, la zone est chaude, gonflée et douloureuse.

Les tendinites

La tendinite touche l’un ou les deux tendons fléchisseurs. Elle se traduit par un gonflement localisé sur la face postérieure du canon, souvent accompagné de chaleur et de douleur à la pression. La tendinite peut résulter d’un sur-effort ponctuel (terrain difficile, effort intense) ou d’une usure progressive.

C’est l’une des blessures les plus redoutées en équitation sportive, car la cicatrisation des tendons est longue (6 à 18 mois) et le risque de récidive élevé.

La desmite du ligament suspenseur du boulet

Le LSB peut également être le siège d’une inflammation (desmite), particulièrement dans sa partie proximale (en haut du canon). Les chevaux de dressage et de saut d’obstacles sont particulièrement exposés. Les signes sont similaires à la tendinite: chaleur, œdème, douleur à la palpation.

Les fractures

Les fractures du petit canon (splints fracturaires) surviennent le plus souvent à la suite d’un choc direct ou d’une contrainte de torsion. Elles se distinguent de la formation d’un suro par l’intensité de la douleur et parfois une boiterie franche.

Les fractures du grand canon, plus rares mais bien plus graves, nécessitent une prise en charge vétérinaire urgente et peuvent compromettre l’avenir sportif — voire la vie — du cheval.

Quand appeler le vétérinaire?

Consultez sans tarder si vous observez:

  • une boiterie, même légère,
  • un gonflement chaud sur le canon ou sa face postérieure,
  • une douleur à la palpation des tendons ou du ligament,
  • un changement soudain de comportement au travail (résistance, appui différent).

En cas de doute, mieux vaut agir tôt. Les lésions tendineuses diagnostiquées précocement se traitent bien mieux que celles détectées tardivement.

Entretien et soins préventifs du canon

La prévention reste la meilleure stratégie pour préserver la santé du canon du cheval. Voici les bons réflexes à adopter.

L’examen quotidien au pansage

Chaque séance de pansage est une opportunité d’ausculter le bas de membre. Passez vos mains le long des tendons: une chaleur anormale, un léger épaississement ou une sensibilité à la pression sont des signaux à ne pas ignorer.

Cet examen prend moins d’une minute et peut éviter des mois de convalescence.

Bandes et guêtres: protection à l’entraînement

Les guêtres de sport et les bandes de travail protègent le canon des coups et soutiennent modérément les structures tendineuses. Elles ne remplacent pas un bon échauffement, mais réduisent les risques de traumatismes externes (coups de sabot, accrochage de haie…). Veillez à les poser correctement: une bande trop serrée ou mal positionnée peut, au contraire, créer une irritation ou couper la circulation.

Pour le boxe et le repos, les bandes de repos (avec flanelle ou polaire) aident à la gestion des œdèmes après l’effort.

Cryothérapie et argile: les alliés de récupération

Après un effort intense, la douche froide (5 à 10 minutes sur le bas de membre) est un geste simple et efficace pour limiter l’inflammation et favoriser la récupération vasculaire. L’application d’argile verte fraîche le soir, après l’effort, a un effet drainant et rafraîchissant reconnu par beaucoup de cavaliers.

En cas de gonflement avéré, les cryothérapies plus poussées (poches de glace, bains froids) peuvent être prescrites par le vétérinaire.

Le travail: progressivité et qualité du sol

La grande majorité des tendinites surviennent sur des terrains trop durs, trop mous ou irréguliers, ou lors d’un retour au travail trop rapide après une période de repos. Respectez toujours une phase d’échauffement suffisante (15 à 20 minutes de pas actif), variez les revêtements et augmentez les charges progressivement.

Un cheval bien préparé est un cheval moins blessé.

Alimentation et compléments

La solidité du canon d’un cheval dépend aussi de son alimentation. Un apport suffisant en calcium, phosphore et vitamine D est indispensable à la minéralisation osseuse. Les acides aminés soufrés (méthionine, cystéine) soutiennent la qualité du collagène tendineux.

Des compléments spécifiques « articulations et tendons » existent sur le marché — demandez l’avis de votre vétérinaire avant de les intégrer à la ration.

Le rôle du maréchal-ferrant et du vétérinaire

Entretenir le canon du cheval ne se fait pas seul. Deux professionnels sont vos alliés incontournables.

Le maréchal-ferrant: corriger les aplombs par la ferrure

Un bon maréchal-ferrant intervient non seulement pour parer et ferrer le sabot, mais aussi pour équilibrer le pied et corriger les contraintes mécaniques sur l’ensemble du membre. Une ferrure orthopédique ou corrective peut soulager un cheval présentant des défauts d’aplombs ayant des répercussions sur la zone du canon.

Il est conseillé de faire intervenir le maréchal tous les 6 à 8 semaines, sans attendre que les défauts s’aggravent.

Le vétérinaire: diagnostiquer et surveiller

En cas de suspicion de lésion, le vétérinaire dispose d’outils précieux:

  • l’échographie tendineuse, examen de référence pour visualiser l’état des tendons et du ligament suspenseur,
  • la radiographie, indispensable en cas de suspicion de fracture ou d’exostose,
  • la scintigraphie et l’IRM pour les cas complexes.

Un bilan morphologique annuel, réalisé conjointement par le vétérinaire et le maréchal-ferrant, est une pratique recommandée pour les chevaux en activité sportive régulière.


Le canon du cheval est bien plus qu’un simple os. C’est une structure complexe, au cœur de la biomécanique locomotrice, qui mérite toute votre attention. Qu’il s’agisse de comprendre sa morphologie, de prévenir les blessures tendineuses ou de réagir rapidement face à un gonflement suspect, chaque geste compte.

L’observation quotidienne au pansage, le respect de la progressivité à l’entraînement, et la collaboration avec votre vétérinaire et votre maréchal-ferrant sont les trois piliers d’une prévention efficace. Votre cheval vous remerciera — à sa façon — en restant en pleine forme sur le long terme.